L'Algérie dans les premières années du 20ème siècle
Algérie
colonie de la France, au N. de l'Afrique, est baignée au H. par la Méditerranée; est séparée du Maroc, à l'O., par l'Oued-Kis; de la régence de Tunis, à l'E., par l'Oued-Zaïne; et, au S., du Sahara, par une série d'oasis (Ouled-Souf, Rir, de l'Ouargla, Ouled-Mzab, Ouled-Sidi-Cbcikh), qui touchent au grand désert. Elle est située entre 31° 5' et 32° lat. N.; 6° 30' long. E. et 4° 8' long. O. Sa plus grande largeur est de 850 kil.; sa profondeur du N. au S. est variable et atteint 750 à 800 kil.; sa superficie est évaluée à 667,000 kil. carr.; enfin la distance moyenne de la côte de France à l'Algérie est de 825 kil. ? Elle est traversée par le système de l'Atlas (V. ce nom), qui se divise en trois chaînes à peu près parallèles: le Petit Atlas au N., à environ 50 kil. de la côte; le Moyen Atlas an centre, à environ 75 kil., et le grand Atlas au S. Ces montagnes sont confuses, formant des groupes isolés, sillonnées par de profondes vallées ou séparées par de vastes plaines qu'arrosent de rapides torrents. Elle présente trois régions naturelles: 1° le Tell, entre le Moyen Atlas et la mer, région des céréales, qui renferme des plaines fertiles, la Mitidja et la Medjana; 2è la région des Sersous (hauts-plateaux) et des Chotts ou Sebkhas (lacs, marais), entre le Moyen et le Grand Atlas, pays de steppes; 3° le Sahara algérien ou région des oasis; la culture y est une rare exception, dévolue aux habitants sédentaires des ksours ou villages, parsemés comme des îles au sein des landes de pacage. ? Les rivières de l'Algérie n'arrosent pas de larges vallées, bien déterminées; elles roulent confusément au milieu d'un pays très accidenté, ou elles se perdent dans les Chotts de l'intérieur, dans les sables du désert; les principales sont: 1° dans le versant septentrional, qui correspond à peu près au Tell, en allant de l'E. à l'O., la Medjerdah, l'Oued-Zaïne, la Mafrag, la Seybouse, le Safsaf, le Rummel, le Sahell, le Sebaou, Tisser, l'Hamise, l'IIarrach, le Mazafran, le Cheliff, la Macta, la Tafna; 2° dans le versant central, l'Oued-Bou-Saad et l'Oued-Ksab, qui se jettent dans le Chott-el-Saïda; 3° dans le versant du S. l'Oued-Djedi, qui finit dans le Chott-Melrir. ? Les côtes, inclinées du N. E. au S. O., sont généralement roides et élevées; quoique assez découpées, elles ne renferment pas de bons ports sur un développement de 900 kil.; on y trouve de l'E. à l'O. le'cap Roux, la Galle et le Bastion de France; le golfe de Bône, entre les caps Rosa et de Garde, avec les ports de Bône et Fort-Génois; le golfe de Stora, entre les caps de Fer et Boujaroun, avec Philippeville, Stora et Collo; puis Djidjelli; le golfe de Bougie, entre les caps Cavallo et Carbon oriental, avec Bougie; Dellys; la rade d'Alger, entre le cap Matifou et la pointe Pescade, avec Alger; la baie de Sidi-Ferruch; Cherchell, Tenez; le golfe d'Arzew, entre les caps Ivi et Carbon occidental, avec Mostaganem, Mazagran et Arzew; le golfe d'Oran, entre la pointe de l'Aiguille et le cap Falcon, avec Oran et Mers-el-Kébir; le cap Figalo, enfin Nemours. ? Le climat est généralement doux et sain; mais le vent qui vient du désert, le Sirocco ou Khamsin, est souvent redoutable; la terre est fertile dans le Tell; les principales richesses végétales sont les céréales, le riz, le thé, le coton, le mûrier, le tabac, l'olivier, le figuier, les bois précieux, et jusque dans le Sahara le palmier et le dattier. Si les animaux féroces, le lion, la panthère exercent encore leurs ravages; on trouve, à côté de nos animaux domestiques qui prospèrent, des ânes petits, mais très-utiles, des chevaux qui rivalisent avec les chevaux arabes, des chameaux, et dromadaires, des antilopes, des autruches, etc. Les richesses minérales sont abondantes: fer à Bône, près de Bougie, à Mouzaïa, Milianah, Tlemcen, etc.; plomb, cuivre, antimoine, soufre, magnésie, porphyre, marbres, etc. Il y a aussi d'abondantes eaux thermales. ? L'Algérie se partage en trois provinces qui s'étendent du N. au S.: la province de Constantino à l'E., celle d'Alger au centre, celle d'Oran à l'O. (V. ces noms); chaque province se compose d'un départ. qui comprend tous les territoires civils et d'une division qui embrasse les territoires militaires; le départ., administré par un préfet, est subdivisé en arrondissements, districts et communes; la division est partagée en subdivisions et en cercles. Voici quelle est l'organisation des tribus soumises à l'administration militaire: une réunion de tentes constitue un douar; plusieurs douars forment une ferkha, obéissant à un cheik; plusieurs ferkhas composent une tribu commandée par un kaïd (il y a environ 1,150 tribus); plusieurs tribus forment un grand kaïdat ou un aghalik, commandé par un agha; plusieurs aghaliks forment une circonscription relevant d'un khalifa ou d'un bach-agha (chef des aghas); les cheiks sont nommés par les commandants de subdivision, les kaïds par le commandant de la division, les aghas par le gouverneur général., les khalifats par le ministre de la guerre; des bureaux arabes militaires sont placés auprès des commandants de division, de subdivision, de cercle. L'administration générale de la colonie relève du gouverneur général qui réside à Alger. ? La population se divise naturellement en Européens et en indigènes; de nombreux villages, des centres de colonisation ont été fondés dans les trois provinces; cependant la population européenne ne paraît pas dépasser 450,000 habitants; les indigènes comprennent: 1° les Kabyles ou Berbères, descendants des habitants primitifs, au nombre d'environ 1,400,000; 2° les Arabes, descendants des conquérants du VIIe s., au nombre d'environ 1,300,000; 3° les Maures, 0les Turcs, les Juifs, les Koulouglis et les nègres, au nombre d'environ 150,000. Les indigènes sont soumis à des impôts particuliers, perçus par l'intermédiaire de leurs chefs, qui leur rendent également la justice, suivant leurs lois et leurs coutumes, sous la surveillance des autorités françaises; l'organisation du culte musulman a été réglée en 1851. Maintenant que l'Algérie est entièrement pacifiée, l'agriculture se développe et l'industrie indigène des tapis, des étoffes, des selles, des armes damasquinées, des coraux ouvragés, etc., reprend une activité nouvelle. Des chemins de fer sont en voie de construction, et des tentatives sont faites pour que l'Algérie devienne le centre d'un grand commerce avec l'Afrique intérieure, pour qu'elle puisse même se relier à nos colonies du Sénégal. ? L'Algérie, d'abord habitée par les Maures dans les plaines, par les Numides dans les montagnes, fut possédée par les Romains, qui, dans leurs provinces de Numidie et de Mauritanie Césarienne, établirent des colonies florissantes et développèrent leur civilisation. Les Vandales de Genséric s'emparèrent de l'Afrique septentrionale, 429-439, et la gardèrent jusqu'à la conquête de Bélisaire, 534; les Grecs furent dépossédés par les Arabes à la fin du VIIe s.; les Maures et les Numides se convertirent à l'islamisme. Plusieurs Etats musulmans se succédèrent: les Aglabites, les Edrissites, les Zeirites; puis vint l'empire des Almoravides et celui des Almohades; plus tard les roy. de Tlemcen et de Bougie eurent à lutter contre les Espagnols, au commencement du XVIe s. Alors des chefs de pirates, les frères Barberousse, s'emparèrent d'une partie de la côte barbaresque, et, malgré les Espagnols de Charles-Quint, fondèrent les États de Tripoli, de Tunis et d'Alger, vassaux du sultan de Constantinople, qui infestèrent la Méditerranée par leurs pirateries. Malgré les traités de 1520 et 1536, qui donnaient à la France des privilèges commerciaux, le droit exclusif à la pêche du corail et à l'établissement de factoreries, malgré la présence d'un consul français à Alger, en 1564, la France eut souvent à se plaindre, et Alger fut bombardé en 1682, 1683, 1687; les Anglais, les Hollandais, les Espagnols, plus tard les Américains, eurent à punir les excès des pirates sans pouvoir les réprimer. Dès l'année 1600 le dey, tiré de la milice des janissaires, avait enlevé la plus grande part de pouvoir au pacha nommé par le sultan; au commencement du XVIIIe s. il se rendit vraiment indépendant de la Porte. Enfin de nouvelles violations des traités, des discussions d'intérêts qui se terminèrent par une insulte faite à notre consul, déterminèrent le gouvernement de Charles X à agir avec vigueur; après un blocus de trois ans, une expédition formidable partit de Toulon; la flotte, commandée par le vice-amiral Duperré, débarqua 50,000 hommes, sous les ordres du lieutenant général de Bourmont, dans la baie de Sidi-Ferruch, le 14 juin 1830. Après le combat de Staouëli, le fort de l'Empereur fut pris, le dey capitula, le 5 juillet. Mais il a fallu plus de 20 années de luttes difficiles et glorieuses pour soumettre les tribus arabes et kabyles; la grande guerre contre l'émir Abd-el-Kader ne s'est terminée, par sa soumission, qu'en décembre 1847; et le pays n'a été pacifié qu'après les expéditions contre les oasis du Sud (1850-1854), et la conquête définitive de la grande et de la petite Kabylie. S'il y a eu encore (1864) quelques soulèvements partiels, on peut dire néanmoins que la domination française est désormais solidement établie en Algérie.