La Sicile dans les premières années du 20ème siècle
SICILE,
grande île de la Méditerranée, entre le bassin O. et le bassin E. de cette mer; séparée de l'Italie par le détroit ou phare de Messine, de l'Afrique par le canal de Malte, entre 36° 50' et 38° lat. N., et 10° et 13° 20' long. E. Elle a la forme d'un triangle, et se termine par les caps Faro au N. E., Passaro au S. E., et Boeo à l'O. Superf., 29,241 kil. carr.; popul., 2,928,841 h. Les côtes ont un développement de 1,300 kil. Mais les seuls ports fréquentés sont ceux de Païenne, Messine et Calane. Les monts Madonia longent la côte N., et couvrent l'intérieur de leurs rameaux. Le littoral est peuplé, l'intérieur désert, sans routes et sans bois. Les principaux cours d'eau sont: à l'E., l'Alcantaro, au pied de l'Etna; la Gieretta, dans la plaine de Catane; î'Anapo; au S., le Salso, le Platani; au N., le Termini. Le volcan de l'Etna s'élève sur la côte E. Sauf la plaine de Catane, la vallée de Taormina et les abords des grandes villes, la Sicile est inculte. On y exploite beaucoup de soufre; on ne tire aucun parti des marbres, de l'albâtre, du fer, du plomb et du cuivre qui s'y trouvent. Courges, huile, citrons, un peu de blé, excellents vins de Zucco, Syracuse et Marsala. ? La capitale est Païenne. Les sept provinces sont: Palerme, Caltanisetta, Catane, Girgenti, Messine, Noto et Trapani. Les îles Egades et Lipari dépendent de la Sicile.
La géographie d'Homère plaçait la Sicile à l'extrémité du monde, et en faisait le séjour des Cyclopes. Vers la fin du VIIIe s. av. J. C, l'Athénien Théoclès y conduisit des Chalcidiens, et fonda Naxos et Léontini, 735. L'année suivante, le Corinthien Archias bâtit Syracuse. Cent ans après, des Mégariens s'établirent à Sélinonte, des Cretois à Géla, et Géla fonda Agrigente, 582. Des Chalcidiens se fixèrent à Zancle ou Messine. Les Grecs avaient trouvé dans l'île des Sicanes ibères, des Sicules pélasges, des Phéniciens, des Elymiens; ils les chassèrent dans l'intérieur. Bientôt les villes nouvelles s'accrurent par le commerce, se donnèrent des constitutions démocratiques, souffrirent des luttes intestines, et se soumirent à des tyrans ou monarques temporaires: Pan?tius à Léontini, Scytès et Anaxilas à Zancle, Pythagoras à Sélinonte; Phalaris, Alcandre et Théron à Agrigente; Cléandre et Gélon à Géla. Celui-ci s'empara de Syracuse, Naxos, Zancle et Léontini; s'établit à Syracuse, et mérita son pouvoir par un grand service. Les Carthaginois débarquèrent en Sicile, comme alliés de Xerxès; Gélon les battit à Himère, 480. Hiéron, son frère, lui succéda, appela en Sicile Pindare, Simonide et Eschyle, et rattacha plus étroitement les Grecs de Sicile à ceux de la métropole: Pindare chanta ses succès aux jeux Olympiques. Thrasybule, son successeur, fut chassé, et la démocratie fut rétablie partout. Cinquante ans après, une querelle entre Egeste et Sélinonte amena l'intervention des Athéniens. Ils débarquèrent en Sicile, sous le commandement d'Alcibiade, Nicias et Lamachus; ne purent prendre Syracuse, que défendait le Spartiate Gy-lippe; se mirent en retraite vers l'intérieur et furent tués ou pris, 413. Les Carthaginois, qui s'établissaient à l'O., ne tardèrent pas à être plus redoutables que les Athéniens. Denys l'Ancien les combattit heureusement, et conquit la Grande Grèce, 405-368. Denys le Jeune, son fils, plusieurs fois chassé et rétabli, fut enfin expulsé par Timoléon, 343, qui battit les Carthaginois. Agathocle les poursuivit jusqu'en Afrique, Pyrrhus les refoula vers l'O. de la Sicile, et fut chassé par les Siciliens qu'il tyrannisait. Carthage s'établit de nouveau à Agrigente, Enna et Palerme, tandis que les Mamertins, anciens mercenaires d'Agathocle, s'emparaient de Zancle. Ces brigands, menacés par Hiéron de Syracuse, 264, appelèrent les Romains. La Sicile fut le théâtre de la première guerre punique, 264-241, et Rome réduisit la Sicile carthaginoise en province, en respectant le royaume d'Hiéron. Hiéronyme, son petit-fils et son successeur, fut assassiné, 214. Syracuse prit parti pour Annibal, et fut prise par Marcellus, malgré le génie d'Archimède, 212. La province romaine s'étendit sur l'ile entière. Elle fut gouvernée par un préteur romain, qui ne respecta pas toujours les privilèges accordés par le sénat à certaines villes; elle paya un tribut en argent et en blé, et devint le grenier de Rome. Pour cultiver leurs terres, les grands propriétaires romains et siciliens se servaient de bandes d'esclaves, qui se soulevèrent deux fois, en 133 sous le Syrien Eunus, en 103 sous Salvius et Athénion, et saccagèrent l'Ile. Verres s'y rendit célèbre par ses concussions, Sextus Pompée en fit le centre de sa puissance maritime, et fut battu à Nauloque par Agrippa, 36. Sous l'Empire, la Sicile eut le sort de l'Italie. Envahie par les Vandales d'Afrique, 440 apr. J. C; par les Goths d'Italie, 493; reprise par Bélisaire, général de l'empereur Justinien, 535; elle resta aux Grecs jusqu'à sa conquête par les Sarrasins de Kaïroan, 827. Ils y apportèrent la culture de la canne à sucre et du coton et la rendirent florissante. Le Normand Roger, frère de Robert Guiscard, l'occupa après de fabuleuses prouesses, 1058-1091), et prit le titre de grand-comte de Sicile, bon petit-fils, Roger II, la réunit aux provinces méridionales de l'Italie conquises par ses compatriotes, et fonda le royaume des Deux-Siciles, 1130. L'héritière de cette famille, Constance, la fit passer a l'empereur Henri VI, par son mariage, et Charles d'Anjou la conquit sur Manfred, petit-fils de Henri VI. Elle ne put supporter la tyrannie fiscale des Français; les massacra aux Vêpres siciliennes, 1282, et appela le roi Pierre d'Aragon. Séparée de Naples jusqu'en 1455, elle appartint à l'Espagne depuis 1503. En 1713, le traité d'Utrecht la sépara de nouveau, et la donna à la maison de Savoie, qui l'échangea, 1720, contre la Sardaigne et la donna à l'Autriche. Le traité de Vienne, 1738, la rendit à une branche des Bourbons d'Espagne, qui y trouvèrent un refuge, 1806, lorsque Napoléon les eut chassés de Naples. Les traités de 1815 rétablirent le royaume des Deux-Siciles, en proclamant la déchéance de Murât. Les Siciliens, peu instruits, sont hostiles à tout ce qu'aiment les Napolitains, et se regardent ordinairement comme sacrifiés à leurs compatriotes de terre ferme. Le général Garibaldi, débarqué à Marsala, 1860, occupa rapidement l'île entière qui vint à lui, et, s'appuyant sur l'enthousiasme violent et peu durable des Siciliens, il put détrôner le roi François II de Bourbon. La Sicile fait aujourd'hui partie du royaume d'Italie.