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La Tunisie dans les premières années du 20ème siècle

TUNISIE

A la suite de vexations et de pillages dont le gouvernement français ne pouvait obtenir réparation, on a été forcé d'intervenir dans la Tunisie. Après une campagne dans les montagnes des Kroumirs, tribus à peu près indépendantes, la France a signé avec le bey de Tunis le traité du Bardo ou de Kasr-el-Saïd du 12 mai 1881, instituant son protectorat sur la Tunisie; ce traité a été complété par les décrets du 22 avril 1882, qui établissent la procédure pour l'exécution du traité. Les divers services fonctionnant en Tunisie, sous l'action du gouvernement français, sont placés dans la dépendance du département ministériel correspondant de la France. Le ministre résident à Tunis est le représentant direct de tous ces services.

Il a fallu poursuivre dans les différentes parties du pays les indigènes poussés à la révolte par le fanatisme religieux et l'amour du pillage. Mais aujourd'hui (1883), la Tunisie semble soumise à l'action pacifique de la France.

On a reconnu quatre régions distinctes dans ce pays: 1° une région montagneuse et volcanique, à l'O., près de la frontière algérienne; la route qui conduit à El-Kef coupe deux lignes parallèles de dikes ou murs perpendiculaires, que les Arabes appellent sour-en-nar (remparts de feu); la montagne où est Kef est un ancien volcan éteint; il en est de même du Djebel Zerissa, à 50 kil. S.-O. d'El-Kef; et dans le pays des Kroumirs, le Djebel Betouna a même commencé à fumer en 1833. La Medjerdah, qui vient de l'Algérie et traverse de l'O. à l'E. le nord de la Tunisie, a un lit très encaissé; si ses eaux étaient utilisées pour l'agriculture, au moyen de barrages, sa vallée (le Ferikia des Arabes) serait d'une admirable fécondité. On y trouve du fer, du plomb, de belles forêts qu'on pourrait exploiter par Tabarca, la jolie ville de Bizerte, Bedja dans un district très fertile, Mater entre deux petits lacs et Ghar-el-Mélah, que les Européens appellent Porto-Farina. ? 2° C'est dans la région maritime de l'est que sont les villes importantes de Tunis, la capitale, avec le port de la Goulette, de Nabel, Hammamet, Soussa, Monastir, Mahadia, Sfax; Soussa est le centre du Sahel, qui n'est qu'une vaste forêt d'oliviers, avec beaucoup de gros villages comme Msaken. En face de Sfax sont les îles Kerkennah (Cer-ninna), qui Conservent les souvenirs d'Annibal et de Marius, et où l'on déporte les femmes coupables. ? 3° Dans la région centrale s'élève Kairouan, qui fut longtemps capitale d'un vaste gouvernement et qui est restée l'une des villes saintes de l'islamisme. Le pays qui s'étend au sud jusque vers Gafsa est désolé aujourd'hui; cependant les ruines nombreuses qu'on y rencontre prouvent que, sous les Romains, il était florissant et peuplé. ? 4° Gafsa est une assez agréable petite ville, à l'entrée du Djerid, qui passe pour la plus belle partie du Sahara, avec ses sources formant de petites rivières poissonneuses et ses oasis que couvrent des palmiers aux dattes excellentes. Tôzeur et Nefta sont deux gracieuses petites villes au S.-O. de la Tunisie, c'est là que se trouvent les grands lacs salés ou sebkhas, qui s'étendent de l'Algérie jusque vers le golfe de Gabès. Gabès, dans l'agréable contrée appelée Arad, est plutôt une réunion de bourgs entourés de jardins et de vergers; c'est le pays que les anciens appelaient Emporia (les marchés), à cause de son importance commerciale et agricole. A l'E. de Gabès est l'île de Djerbah, peuplée de 40,000 habitants, produisant beaucoup d'huile renommée, et où l'on fabrique de belles étoffes de laine et de soie ainsi que de la grosse poterie; on y pèche des éponges comme à Sfax et à Kerkennah. Enfin la Tunisie est séparée, sur le littoral, de la Tri-politaine par le lac des Bibans ou des Portes (l'Hécatompyle des anciens), ainsi nommé à cause des nombreux canaux qui le font communiquer avec la mer.

La Tunisie est aussi indépendante du sultan que l'empire de Maroc lui-même; si la suzeraineté du Grand-Seigneur y est reconnue, c'est bien plutôt sous le point de vue religieux que sous le point de vue politique. Toutes les tentatives faites par la Porte ont été repoussées par les beys et par les différents gouvernements de la France.

La superficie de la Tunisie est d'environ 116,350 kil. carrés; la population de 1,500,000 à 2 millions d'habitants, Berbères, Arabes, Maures, Juifs, comme en Algérie. On parle l'arabe. Le climat est le même que celui de l'Algérie, dont la Tunisie est comme le prolongement oriental.

La capitale, Tunis, a plus de 150,000 habitants; le Bardo, à 2 kil, est une forteresse, résidence habituelle du bey. ? Les autres ports sont, en allant du N. au S.: Bizerte, Porto-Farina, Hammamet, Sous ou Soussa, Monastir, Mahadia, Sfaks ou Sfax, Gabès, avec les îles Kerkennah et Djerbah. ? Dans l'intérieur, Kairouan, Zaghouan, El-Kef. ? Dans les oasis du Sahara, au ud, Gafsa, Nefta, Tôzeur.

Le budget (1886-1887) a été de 25,852,000 francs. La dette consolidée est évaluée à 125 millions et la dette flottante à 17,550,000 francs. ? La valeur de l'impor ation a été en 1887 de 27,700,000 francs; celle de l'exportation de 21,400,000 piastres (huile d'olive, alfa, éponges, dattes, peaux, etc.). ? Il y avait 410 kilom. de chemins de fer exploités.

Source : Dictionnaire Encyclopédique d'Histoire, de Biographie, de Mythologie et de Géographie éditié par Louis Grégoire en 1878
Avertissement ce texte restitue l'opinion de son auteur sur les faits, les choses ou les gens évoqués à l'époque où il a été écrit, cet article est fruit d'un contexte. Il ne présume en rien de l'avis de l'éditeur du site sur le sujet évoqué.