La Turquie dans les premières années du 20ème siècle
TURQUIE OU EMPIRE OTTOMAN
vaste Etat de l'ancien continent, qui s'étend sur les côtes de la mer Noire, de l'Archipel, de la Méditerranée orientale et de la mer Rouge, en Europe, en Asie et en Afrique. Il est çompris entre 31° et 48° lat. N., et entre 13° et 46° long. E. Il comprenait 5 parties : 1° la Turquie d'Europe, c'est-à-dire la péninsule turco-hellénique, sauf le petit royaume de Grèce; 2° la Turquie d'Asie, c'est-à-dire l'Asie Mineure, l'Arménie, la Syrie et la Mésopotamie; 3° l'Hed-jaz en Arabie; 4° la province de Tripoli, en Afrique; 5° il y a des pays vassaux qui sont : la principauté de Roumanie ou Moldo-Valachie, la principauté de Serbie, la principauté de Montenegro, la principauté de Samos, la vice-royauté d'Egypte et la régence de Tunis. L'empire ottoman est borné au N. par la Russie, la mer Noire et l'Autriche; à l'E. par la Perse; au S. par l'Arabie, la Nubie, la Méditerranée et la Grèce; à l'O. par l'Adriatique et la Dalmatie autrichienne. Capitale, Con-stantinople. Superficie: en Europe, 525,000 kil. carrés; en Asie, 1,700,000; en Afrique, 2,680,000; total, 4,905,000 kil. carrés. Population : en Europe, 16,000,000; en Asie, 16,000,000; en Afrique, 10,000,000; total, 42,000,000 d'habitants. Sur ces 42 millions, on trouve: en Europe, 13,500,000 chrétiens, 2,300,000 musulmans, 200,000 juifs; en Asie, 3,330,000 chrétiens, 12,600,000 musulmans, 70,000 juifs; en Afrique, 200,000 chrétiens, 9,770,000 musulmans, 30,000 juifs. La population de l'empire se compose donc ainsi au point de vue des religions : 16,330,000 chrétiens, 25,370,000 musulmans, 300,000 juifs. V. Supplément.
Géographie physique. ? La côte de la mer Noire appartient à la Turquie depuis un point situé un peu au N. de l'embouchure septentrionale du Danube; elle présente l'île rocheuse de Fidonisi ou des Serpents, avec un phare qui éclaire la Sulina, principale bouche du fleuve, la baie de Baltschik, le golfe de Bourgas, les ports de Sulina, Kostendjeh, Varna et Bourgas De la mer Noire on entre dans la mer de Marmara par le Bosphore, qui a 27 kil. de long sur 550 à 2000 mètres de large; au S. du Bosphore est Constantinople, et en face, sur la rive asiatique, Scutari. A peu de distance, au S. E., sont les îles des Princes. On entre dans l'Archipel par le canal des Dardanelles, long de 50 kil. et large de 4 à 6. Dans l'Archipel sont la presqu'île de Gallipoli, le golfe de Saros, le golfe d'Orfano, la presqu'île de Chalcidique, le golfe de Salonique, le canal de Trikhéri et le golfe de Volo, où commence le royaume de Grèce. La côte de l'Adriatique et de la mer Ionienne appartient à la Turquie depuis Antivari au N. jusqu'à Prévéza au S. On y distingue le cap Glossa sur le canal d'Otrante. ? Sur les côtes de la Turquie d'Asie les principaux accidents des côtes sont : le cap Sinope dans la mer Noire, les golfes d'Isnikmid et d'Isnik dans la mer de Marmara, le cap Baba et le golfe de Smyrne dans l'Archipel, les golfes de Satalieh et d'Alexandrette dans la Méditerranée. ? Le système montagneux de la Turquie d'Europe se compose d'un plateau central et de quatre chaînes. Le plateau qui entoure le mont Tchardagh, comprend la Bosnie méridionale ou Rascie, la Serbie méridionale, la Serbie turque, le N. O. de la Thrace, le N. de la Macédoine et l'E. de la haute Albanie, du Montenegro et de l'Herzégovine. Les sommets les plus élevés de cette région coupée de ravins et de gorges et couverts de forêts, sont le Tchardagh (2,630 mèt.), le Dormitor (2,600), le Rilodagh (2,500). Du plateau partent quatre grandes chaînes : vers le N. les Véliki-Balkans, vers l'E. la double chaîne des Balkans et du Despoto-dagh, vers le S. les Alpes Helléniques, vers l'O. les Alpes Illyriennes. Toutes sont épaisses, difficiles, flanquées de contreforts qui se dirigent dans tous les sens. Cette configuration explique la formation de plusieurs Etats dans cette région, la longue résistance des populations slaves et albanaises aux Turcs, et l'esprit particulariste des habitants. De ces montagnes descendent : vers le Danube, à droite, la Save, qui reçoit l'Unna, le Verbas, la Bosna, la Drina et la Grande-Morava, le Timok et l'Isker; à gauche,dans la Roumanie, le Schill, l'Aluta, l'Ardjisch, la Jalomitza, le Sereth, qui reçoit la Moldava et la Milkova, le Pruth. Vers l'Archipel coulent la Maritza (Hebrus), le Karasou (Nestus), le Strouma (Strymon), le Vardar (Axius), le Vistritza (Haliacmon), la Salemvria (Pénée). Vers la mer Ionienne coule l'Arta (Arachtus). Vers la mer Adriatique, la Voïoutza, l'Ergent, le Scoumbi, le Drin albanais (Drilo), la Moratcha,qui forme le lac de Scutari, la Narenta (Naro). ? La Turquie d'Asie comprend 7 régions naturelles très distinctes, placées sous le même joug par le hasard de la conquête: l'Asie Mineure ou Anatolie, l'Arménie, l'Al-Djézireh, l'Irak-Arabi, le Kour-distan turc, la Syrie et les Iles; les plus importantes sont l'Anatolie et la Syrie. L'Anatolie est une presqu'île qui forme un vaste plateau plus élevé à l'E. qu'à l'O., et dont les talus sont: au N. l'Anti-Taurus et les montagnes du Pont, de la Paphlagonie et de la Bithynie; à l'O. l'Olympe; au S. le Taurus (2,600 mèt.), traversé par beaucoup de défilés dont le principal est le Kulek-Boghaz (Portes Ciliciennes); à l'E. l'Anti-Taurus, qui se rattache à l'Amanus vers les sources du Djihoun. Vers la mer Noire coulent le Kizil-Ermak (Halys), le Sakaria (Sangarius); vers la mer de Marmara, le Sousoughourlou (Rhyndacus), le Khodja-Tchaï (Granique); vers l'Archipel, le Mendereh-Sou (Simoïs), qui reçoit le Bounarba-chi-Sou (Scamandre), le Kédis-Tchaï (Hermus), dont l'embouchure est dans le golfe de Smyrne, le Kout-schouk-Mendereh (Caystre), le Bougouz-Mendereh (Méandre); vers la Méditerranée, l'Etcheu-Tchaï (Xanthe); le K?pri-Sou (Eurymédon), le Karasou (Cydnus), le Seïhoun (Sarus), le Djihoun (Pyramus). L'Arménie, l'Al-Djézireh, l'Irak et le Kourdistan sont arrosés par le Tigre, grossi des deux Zabs et par l'Euphrate. La Syrie est une région montueuse qui s'allonge du N. au S. le long de la côte de la Méditerranée. Du n?ud de l'Amanus au N. se détachent le Karadja, le Djebel-el-Nosaïrieh et le Djebel-el-Kossaïr; puis se développent les deux chaînes parallèles du Liban à l'O. et de l'Anti-Liban à l'E. La Syrie est arrosée par l'Euphrate, le Baradah, l'Oronte ou Nahr-el-Assy, le Nahr-el-Kebir (Eleutherus), le Nahr-el-Kelb (Lycus), le Jourdain. Les lacs sont la mer Morte, dont le niveau est à 392 mèt. au-dessous du niveau de la Méditerranée, le lac de Génésareth ou de Tibériade, le Bahret-el-Atebeh à l'E. de Damas.
Voir pour les autres parties de l'empire Ottoman : Bosnie, Serbie, Roumanie, Monténégro, Egypte, Tripoli.
Productions. ? Dans la Turquie d'Europe, les productions sont très variées, comme les climats. Au N. l'hiver est long et froid, et le thermomètre descend jusqu'à 26°; la neige reste sur terre pendant 7 mois. Au centre le climat est doux et l'été chaud; le thermomètre monte jusqu'à 38°. Au S., dans la Thessalie et l'Epire, la chaleur est grande dans les plaines, et le froid vif dans les montagnes. Les parties basses des côtes sont malsaines, surtout le long de la mer Noire. Les productions minérales paraissent être nombreuses, mais elles sont encore peu connues; il y a de la houille à Dobra en Serbie et à Salonique; du fer en Serbie, en Bosnie et en Bulgarie; du sel en Valachie; des eaux minérales à Sophia, Kostendil et Novi-Bazar. Les productions végétales sont très riches: ce sont, le maïs, le blé, le seigle, l'orge, l'avoine, le sorgho, le riz, le lin, le chanvre, le colza, le sésame, presque partout; le coton autour de l'Archipel; le tabac en Thessalie, en Thrace, en Albanie; la vigne à Candie, en Roumanie, en Epire; l'olivier sur tout le littoral, les arbres à fruits des pays chauds, les cerisiers, les pommiers, les fraises, la soie. Les forêts les plus importantes sont sur les montagnes de Roumanie, de Serbie, de Bosnie, d'Albanie, de Roumélie; ces forêts ont pour essences le pin, le sapin, le chêne, le hêtre, le platane et le buis. Le bétail est nombreux en Roumanie, rare en Turquie; les chevaux moldaves, turcs et tar-tares sont estimés; les moutons et surtout les chèvres et les porcs se trouvent partout. ? La Turquie d'Asie, si riche et si florissante dans l'antiquité, est maintenant mal cultivée. Il y a dans l'Asie Mineure d'abondantes mines de fer, de cuivre, de plomb, d'argent, de sel. dont on ne tire qu'un médiocre parti. Les productions végétales et animales sont plus variées encore que dans la Turquie d'Europe; citons le coton, la soie et la laine d'Angora.
Géographie politique. ? L'empire ottoman se divise en vilayets ou gouvernements généraux dirigés par des valis ou gouverneurs et subdivisés en livas ou provinces, administrées par des kaïmakans ou lieutenants-gouverneurs.
Administration. Le gouvernement de la Turquie est absolu et appartient au sultan ou padischah. La succession au trône a lieu par ordre de primogéniture masculine, parmi tous les princes du sang ; de sorte que le fils ne succède à son père que si, parmi les frères et les neveux de celui-ci, il n'en existe pas de plus âges que lui. Les deux principaux fonctionnaires de l'empire sont le grand-vizir et le muphti. Le grand vizir a la direction de la politique, de l'administration, de la guerre et des finances. Il est l'intermédiaire entre les autres ministres et le sultan, et surveille l'exécution de toutes les décisions souveraines appelées firmans, iradès, haw, hatti-chériff, hatti-humayoum. Le muphti est l'interprète de la loi. Il est le chef des ulémas, jurisconsultes, juges et prêtres; il dirige l'instruction publique. Tous deux ont place au divan, avec les ministres. Les rapports de la Porte avec les principautés vassales de Montenegro, Serbie, Roumanie ou Moldo-Vatachie, Egypte, Samos, Tunisie (voy. ces mots), sont réglés par des conventions politiques spéciales. ? L'armée permanente et régulière, ou nizam, est divisée en 7 corps d'armée ou ordous. Chaque ordou comprend environ 20,000 hom-de ligne, répartis en 6 régiments d'infanterie, 3 régiments de cavalerie et un régiment d'artillerie. Chaque ordou comprend encore des troupes de réserve, ou rédif, qui y sont réunies en temps de guerre et sont censées en doubler l'effectif. Le nizam compte en outre les 3 régiments d'artillerie des détroits, 2 régiments du génie et les brigades de Candie et de Tripoli. Les troupes irrégulières des bachi-bouzouks, les gendarmes ou cavu et les contingents auxiliaires de Bosnie, Albanie, Ser-lie, Tunis et Egypte, complètent l'armée turque :
Six ordous............. 100,000h.
Rédif................ 60,000
Génie............... 1,500
Artillerie des Détroits........ 2,000
Brigades détachées......... 7,000
Cavas et hachi-bouzouks...... 50,000
Auxiliaires............. 50,000
Total.. . . ....... 270,500
La flotte se compose de : 5 frégates cuirassées, 3 vaisseaux, 8 frégates, 10 corvettes, 15 avisos, 10 chaloupes canonnières et 30 transports à hélice, et 00 bâtiments à voiles, montés par 11,000 marins. ? Le revenu est d'environ 250 millions de francs, et la dette atteint le chiffre de 1,200 millions.
Histoire. Les Turcs ottomans ou Osmanlis tirent leur nom d'Osman ou Othman, chef d'une bande de 800 ca-valiers nomades, qui s'établit au xiiiie siècle dans la Bi-thynie, et se mit au service du sultan seldjoucide de Roum. L'Etat de Boum fut détruit en 1507 par les Mongols, et les Osmanlis devinrent maîtres du pays qu'ils occupaient. Ils tirent des conquêtes en Asie Mineure et se mêlèrent aux luttes des Grecs contre les Slaves et les Bulgares. En 1357, ils s'emparèrent de Gallipoli, sur la rive européenne des Dardanelles et tournèrent tous leurs efforts vers l'Occident. Amurat Ier conquit la Macédoine, la Thrace, les côtes de la mer Noire jusqu'aux Balkans et lit d'Andrinople sa capitale. Bajazet Ier y ajouta la Valachie, repoussa à Nicopolis les croisés d'Occident, soumit la Grèce, et assiégeait Constantinople lorsque l'invasion de Tamerlan le rappela en Asie; il fut vaincu et fait prisonnier à Angora (1402). Mahomet Ier et Amurat 11 reprirent l'?uvre interrompue, et soumirent l'Albanie et la Serbie; Jean Hunyade et Scander-beg ne purent arrêter que pour un temps les progrès des Turcs. Mahomet II occupa Constantinople, le 29 mai 1453, conquit la Murée, la Moldavie, la Crimée et attaqua l'Italie. En 1517. Sélim Ier subjugua la Syrie, l'Egypte, et se fit reconnaître khalife et commandeur des croyants. Soliman le Magnifique donna à l'empire son plus haut degré de splendeur : il enleva Rhodes aux chevaliers hospitaliers, se fit prêter hommage par les souverains d'Alger, de Tunis, de Tripoli et de Transylvanie, soumit la Hongrie méridionale et menaça Vienne. Après lui, la décadence commence; la défaite de Lepante (1571) fit perdre aux Turcs l'empire de la mer; les batailles de Saint-Gothard (1064), de Vienne (1683), de Mohacz, de Zentha (1607), leur fixèrent la Save et le Danube pour limites, et la paix de Carlowitz il699) leur ôta la Hongrie et la Transylvanie. C'est alors que la Russie commença ses attaques, plus suivies et plus ardentes que celles de l'Autriche. En 1774, elle s'ouvrit la Crimée, la mer Noire, la mer d'Azov et le Caucase, par le traité de Kaïnardji ; en 1784, elle acquit la Crimée et le Kouban; en 1792, le pays entre le Bug et le Dniester, par le traité d'Iassy. En 1808, à l'avéne-ment de Mahmoud, l'empire turc paraissait près de sa fin, lorsque le sultan entreprit de lui rendre la vie par d'énergiques réformes : les Russes enlevèrent la Bessarabie, les Serbes se rendirent indépendants, Ali, pacha d'Albanie, se révolta, les Grecs s'affranchirent, Méhémet-Ali, pacha d'Egypte, se souleva et battit les armées du sultan, les Russes prirent Andrinople. En 1853, le tzar Nicolas résolut d'en finir avec cet empire-qu'il appelait le malade; il réclama le protectorat de tous les chrétiens d'Orient. La France et l'Angleterre intervinrent, battirent les Russes et les obligèrent d'abandonner les bouches du Danube, la domination de la mer Noire et le protectorat des Provinces danubiennes. Depuis ce temps, les réformes nécessaires ont rencontré, dans l'apathie et le fanatisme des populations musulmanes, la rancune et l'hostilité des populations chrétiennes, la corruption de l'administration, des obstacles invincibles. Les finances sont en mauvais état, et l'empire ne subsiste que par la protection des puissances garantes. Voici la suite des padischahs depuis Othman ?
Othman 1er, sultan en..........
Orkhan............... 1326
Amurat Ier............. 1300
Bajazet Ier............ 1589
Soliman Ier............. 1402
Musa................. 1410
Mahomet Ier............. 1413
Amurat II.............. 1421
Mahomet II............. 1451.
Bajazet II.............. 1481
Sélim Ier............... 1512
Soliman II............. 1520
Sélim II.............. 150.6
Amurat III.............. 1574
Mahomet III............. 1595
Achmet 1er............. 1605
Mustapha Ier............ 1617
Othman II.............. 1618
Mustapha Ier, 2e fois......... 1622
Amurat IV.............. 1623
Ibrahim................
Hahomet IV............. 1649
Soliman III............. 1687
Achmet II............... 1691
Mustapha II............. 1695
Achinet III......... .... 1703
Mahmoud Ier............. 1730
Othman III............ . 1755
Mustapha III............ . 1757
Abdul-Hamid............. 1774
Selim III............... 1789
Mustapba IV............. 1807
Slahmond II............. 1808
Abdul-Medjid............. 1859
Abdul-Aziz............. '1861
V. Supplément, Turquie, Bulgarie, Serbie, Roumanie.